"Tout est possible" par Yohann Guichard

par CORINNE GAUDIO

Yohann, tu n’as pas toujours évolué dans le monde du massage et du bien-être. Il me semble qu’au tout début de ta carrière, tu étais podologue, comment en es-tu venu au massage Thaï ?

Effectivement, j’ai d’abord suivi des études paramédicales, j’étais podologue. Suite à ces études, j’ai fait quelques remplacements, mais j’étais déjà passionné par l’Asie. Je suis donc parti en Inde puis au Népal, pendant 6 mois.

Et que s’est–il passé en Inde ?

Là-bas, j’ai rencontré un professeur de massage Thaï, Rahul Bharti, avec qui j’ai tout de suite connecté. J’ai étudié avec lui, et assez rapidement il m’a demandé de devenir son assistant, puis son élève particulier. Il m’a donc formé à l’enseignement. Ensuite, je suis allé en Thaïlande, et là encore je suis devenu assistant.

Mais pourquoi as-tu choisi le massage Thaï, plutôt qu’un autre massage ? Tu étais en Inde, tu aurais pu te diriger vers des techniques ayurvédiques par exemple ?

Parce que le massage Thaï est une technique très complète, composite et métissée, qui regroupe un certain nombre d’influences. Elle permet aussi un soin complet de l’ensemble du corps.

Et quelles sont ces influences ?

Plus précisément des influences indiennes comme le yoga, des influences chinoises à travers le travail d’acupression et la philosophie des méridiens.

Les personnes qui souhaitent se former au massage Thaï vont tout naturellement en Thaïlande. As-tu une école à leur conseiller ?

Oui, sans aucun doute, je leur conseillerai de se former à « Sunshine », cette école se trouve à Chiang Maï, dans le nord de la Thaïlande. Il y a à la fois des enseignants orientaux et occidentaux. C’est une très bonne école pour commencer, car elle propose des modules débutants, intermédiaires et des modules plus spécifiques pour ceux qui veulent aller plus loin. Mais il y a également de très bons enseignants en France.

Quelles différences y-a-t-il entre le style du Nord et le style du Sud ?

Le style du Nord fait la part belle aux étirements, il utilise et mobilise toutes les ressources corporelles du masseur, les bras, avant-bras, genoux, pieds… On peut dire que c’est une véritable gymnastique pour celui qui le donne également. Le style du Sud est plus porté sur le travail d’acupression, ce sont généralement des massages plus courts et plus toniques.

Ce qui m’a toujours frappé dans le massage Thaï, c’est la diversité ses enchaînements. Je n’ai jamais reçu deux fois le même massage ! Finalement c’est très peu codifié, comment expliques-tu cela ?

De manière générale, on dit qu’il y a autant de massages que de masseurs. Et en Thaïlande, il y a une transmission qui a été pour une grande part familiale et orale : chaque lignée, chaque famille, chaque praticien a pu trouver l’espace pour sa propre expression dans son massage.

Et puis là-bas, il y a un côté très cool, on peut se faire masser partout, y compris dans la rue…

Aujourd’hui, tu es devenu un expert… Tu as même fait un DVD…

C’est gentil de dire ça ! Mais personnellement, je poursuis ma recherche : le massage Thaï est une discipline, dans laquelle il est toujours possible d’évoluer. Je continue donc d’avancer, de découvrir, de me former…

Et tu enseignes où en ce moment ?

Actuellement j’enseigne plutôt pour diverses écoles et associations, mais j’ai ma propre structure. Et dans le futur, j’envisage de la refondre en y incluant d’autres enseignements.

Super, c’est exactement là ou je voulais en venir. Car l’autre discipline spectaculaire que tu enseignes, c’est l’AcroYoga et là encore, tu es devenu un expert. C’est une technique assez récente : où trouve-t-elle son origine ?

L’AcroYoga est une discipline qui a été récemment développée aux USA, vers le début des années 2000. Les racines sont indiennes. Il existe d’ailleurs des vidéos qui datent des années 30 d’un grand maître de yoga Krisnamacharia, où l’on peut se rendre compte que ces racines sont très anciennes. Mais il y a quelques années, il a eu une fusion de ces pratiques anciennes, avec d’autres apports comme l’acrobatie et le massage Thaï, qui ont complètement reformulé la proposition.

C’est assez physique… [Rires] A qui s’adresse cette discipline ?

Non pas du tout ! [Rires] Cela s’adresse aux personnes de tous âges, et de toutes conditions physiques.

T’es sûr ?

Oui, il n’y a pas besoin d’être contorsionniste ou athlétique, ni même d’être extrêmement souple pour pratiquer l’AcroYoga. C’est une pratique qui permet justement de se dépasser dans la douceur, avec la confiance en l’autre et la confiance en soi.

Vraiment ? Mais là tu parles de la personne qui porte ou qui est portée ?

Pour les deux, et même pour les trois, car dans cette discipline, on expérimente les trois rôles, qui sont : la base (celui qui porte), le flyer (celui qui est porté), et le spoter, qui est la parade, puisqu’il y a le soutien d’une tierce personne qui est là pour sécuriser, et pour faciliter l’échange entre les deux protagonistes.

Pour avoir assisté à plusieurs démonstrations, et pour avoir été « portée » (puisque tu m’as fait vivre cette expérience), j’avoue que j’ai un peu de mal à en comprendre l’objectif. Est-ce que c’est une discipline à laquelle on peut s’initier, ou une séance que l’on peut s’offrir comme un massage par exemple ?

Alors il y a deux volets différents dans l’AcroYoga. Il y en a un que l’on appelle « Lunaire », qui est l’AcroYoga de relaxation, de détente, et qui est comparable à un massage aérien, sur les pieds du porteur. Et puis il y a la pratique « Solaire » qui est plus proche de l’acrobatie et dans laquelle, au contraire, la personne qui est portée va engager le corps pour une pratique plus tonifiante, plus stimulante. Dans cette pratique, on a le yin et le yang, deux volets qui équilibrent justement cette discipline.

Fascinant, je comprends mieux maintenant… [Rires]

Tant mieux, si cela peut éclairer le lecteur, parce que sinon on va mettre l’AcroYoga dans une catégorie, alors que c’est beaucoup plus complet que ce que l’on peut imaginer. Pratiquer dans un atelier, c’est aussi venir pour s’amuser, pour être dans un groupe, et pour partager la joie de la pratique. Pour ceux qui s’adonnent déjà au yoga, cela permet de quitter une pratique plus personnelle, pour être dans un cercle, et amener de la joie dans leur expérience corporelle.

J’ai souvent entendu dire, qu’il y avait aussi moyen d’y inclure du massage Thaï…

Dans le massage Thaï, il y a aussi des portées, en plus du travail au sol. Il y a en effet un certain nombre de techniques dans lesquelles le masseur soutient le massé et utilise la gravité, pour des mises en postures. C’est la raison pour laquelle on peut voir l’AcroYoga comme une extension du yoga ou une variation de l’acrobatie ou encore une extension aérienne du massage Thaï avec de nouvelles techniques, un lien entre l’élément terre et l’élément aérien.

"Lorsqu’un mouvement est beau à regarder, alors il est également bon à recevoir" Yohann Guichard

Whouahhh… Cela m’amène à te dire, que lorsque l’on te voit évoluer sur Terre comme dans les airs, ce qui frappe en premier lieu, c’est ton alignement, ton aisance, tes postures sont magnifiques, impeccables, alors dis moi… Tu es un passionné d’esthétisme ou d’anatomie ? [Rires]

Je suis effectivement passionné par le mouvement et la grâce du geste, et je pense que lorsqu’un mouvement est esthétique, quand il est beau à regarder, dans un massage aussi, alors il est également bon à recevoir.

Très intéressant, tu peux développer ?

La grâce est autant dans le visuel que dans le ressenti tactile. Et je m’intéresse aux différentes couches, aux différentes strates de l’humain, qu’elles soient physiques, émotionnelles, énergétiques, anatomiques. A savoir, la structure (la charpente anatomique) est pour moi source d’émerveillement dans sa magie du vivant.

Dis moi, Yohann, la dernière fois que l’on s’est vu, tu partais pour Auroville. Dans quelques semaines, tu seras en Californie, puis à Tel Aviv... Tu es toujours en partance ou de retour… Le voyage fait vraiment partie de ta vie !

Effectivement, j’ai découvert le massage Thaï dans le voyage, et je crois que tout mon parcours est intimement lié au désir de découvrir, et d’enrichir ma pratique de nouvelles expériences. J’ai autant d’attrait pour les traditions orientales qu’occidentales, et surtout j’aime le métissage des genres.

Est-ce qu’Auroville est pour toi un modèle de société ?

J’y ai séjourné au total trois mois, ce qui me semble un temps trop court pour avoir une vision profonde de ce qu’est cette communauté. En tout cas, c’est une expérience, une utopie qui a été matérialisée.

Et qui dure…

Oui, c’est une utopie qui dure, et probablement une des rares expériences qui a persisté dans le temps, avec ses défis, ses difficultés, ces aléas humains. Pour ma part, j’y ai rencontré beaucoup de magnifiques personnes. Je vois aussi qu’il y a encore une grande attraction des voyageurs du monde entier, pour aller y partager, apprendre, c’est un véritable carrefour pour tous les passionnés d’arts corporels. Là-bas on est dans le concret.

Mais qu’est-ce que tu vas chercher dans le voyage que tu ne trouves pas en France ?

Je ne sais pas si je vais y chercher quelque chose,

je pense que tout est partout, mais il y a des endroits où je trouve l’inspiration plus facilement. Yohann Guichard

J’aime beaucoup le rythme asiatique, le temps que l’on donne aux choses. Et j’aime également l’esprit d’ouverture des américains de la côte ouest et de la côte est, c’est un véritable creuset pour les nouvelles disciplines.

Tu es toujours souriant, lumineux : quelle est ta recette du bonheur ?

Ma recette du bonheur, c’est d’avoir dans ma vie des pratiques qui me connectent aux autres, qui me connectent à la joie, et qui me connectent à l’enfant intérieur. La pratique du massage Thaï et de l’AcroYoga répond à ce désir profond.

Est-ce qu’il y a une nouvelle discipline qui te tente, et dans laquelle tu envisages de t’investir quelques temps ?

Oui ! [Rires] dans quelques semaines, je vais faire une formation pour enseigner une nouvelle discipline toujours en rapport avec l’équilibre, le centrage et la joie du grand enfant qui s’appelle la Slackline.

La Slackline ? Qu’est-ce que c’est, je n’en ai jamais entendu parler ? [Rires]

C’est une formation de professeur de YogaSlacker, qui consiste à faire des postures de yoga, et surtout à trouver le centrage yogique dans l’équilibre sur une bande tendu en hauteur.

Non, je le crois pas… Mais pas sur un fil quand même ?

Non c’est une bande qui fait un peu plus de deux centimètres de large, « one inch » je crois. Cela vient de la côte ouest des USA, ce sont des acrobates yogis et adeptes des sports « outdoor » qui ont développé ce concept.

Et ensuite, tu comptes l’enseigner ?

Cette discipline, n’est pas encore représentée en France, je serai donc heureux de la proposer très prochainement.

Là encore, tu seras dans l’élément air…

L’élément air me passionne actuellement, mais c’est dans une recherche des cinq éléments, l’air, la terre, l’éther, l’eau… Et il en manque un… tu compléteras ! [Rires]

"L’élément air me passionne" Yohann Guichard

Le feu ! Mon préféré…

Oui, le feu créatif ! Pour moi, le feu est relié à la créativité. Et dans ma recherche, je travaille à connecter ces différents éléments dans le massage et dans mes pratiques pour offrir une voie vers l’équilibre.

Puisqu’on parle d’équilibre : est-ce que tu as une hygiène de vie particulière, des conseils d’alimentation, ou une discipline à laquelle tu t’astreins quotidiennement ?

Au niveau alimentaire, j’ai drastiquement réduit ma consommation de viande, même si je ne prétends pas être un strict végétarien. J’ai noté en voyageant, que des acrobates de très haut niveau étaient végétariens, et en parfaite condition physique…

Et pas déséquilibrés ? [Rires]

Et donc pas déséquilibrés, ce qui a bouleversé les croyances que la société avait pu me transmettre à ce niveau-là. Et je m’efforce de m’aménager du temps pour moi, pour méditer, et surtout pour… jouer ! Pour m’amuser ! C’est ma principale nourriture.

Et pourquoi le jeu est-il si important à ton équilibre ?

Pour retrouver les plaisirs de l’enfance !

Dernière question : qu’est-ce que la vie t’as appris et que tu as envie de transmettre ?

La vie m’a appris que tout est possible, que les limites, les barrières, sont avant tout dans le mental, dans l’esprit.Yohann Guichard

Et qu’en cultivant la confiance en soi, on peut voir la qualité de l’impermanence, comme un atout et non comme une restriction.