Interview de Catherine Cerisey, du blog "Après mon cancer du sein"

par CATHERINE CERISEY

Catherine Cerisey
Catherine tient le blog "Après mon cancer du sein" qui fait état de l’avancée de la science et de la recherche en matière de cancer du sein. Une très belle initiative pour promouvoir notamment les campagnes de prévention et raviver l’espoir chez ceux qui croient l’avoir perdu. À l’origine de cette initiative ? Des épreuves difficiles, des combats et des victoires !

Bonjour Catherine. Vous avez été atteinte d’un cancer du sein en 2001. À partir de là, votre vie "... a basculé dans le néant, l’inconnu, la peur, la souffrance, la solitude...”. Cependant, vous avez réussi à reprendre le dessus. Vous animez aujourd’hui un blog et vous semblez avoir accepté votre cancer. Arriviez-vous à parler aussi librement d’une maladie aussi grave pendant votre traitement ou ce n’est qu’une fois guérie que vous avez commencé à écrire sur ce sujet ?

Bonjour et merci à vous !

Pendant la maladie et les traitements, je n’ai pas écrit ou très peu. Quelques lettres à mes enfants, à mon mari mais des choses finalement très personnelles. J’ai créé ce blog des années plus tard, pour témoigner, donner de l’espoir et informer les femmes qui traversent cette épreuve. Pourquoi avoir attendu tant de temps ? Disons que je n’en ai pas ressenti le besoin et puis, à l’époque, les blogs n’existaient pas ! C’est difficile à imaginer car aujourd’hui, on en trouve beaucoup sur la toile ! Les malades, s’y racontent, s’y confient. C’est un peu comme des journaux intimes ouverts à tous. Ils aident beaucoup, d’abord leur auteur, écrire a des valeurs thérapeutiques, et ensuite leurs lecteurs qui peuvent se projeter.

En ce qui me concerne, je ne me connaissais pas cette faculté d’écriture, et surtout, il m’a fallu du temps pour digérer ce qui m’était arrivé… j’avais besoin de recul pour pouvoir apporter mon soutien aux autres.

Enfin, pour rebondir sur le mot « guérison », je ne me sens pas guérie. On ne l’est jamais d’un cancer et d’ailleurs les médecins parlent de rémission pas de guérison.

Durant les périodes où vous receviez votre traitement, avez-vous laissé votre quotidien se faire ronger par votre cancer ? Comment garder la tête hors de l’eau finalement ?

Pour reprendre votre métaphore, la traversée du cancer est une tempête, un tsunami qui vous emporte loin de la rive. Au début, j’ai essayé de lutter contre les éléments sans succès et finalement, lors de ma rechute, je me suis laissée porter : j’ai eu des moments dans le creux de la vague, d’autres qui me ramenaient à la surface et me permettaient de reprendre un peu d’air. Le cancer impacte toute votre vie : non seulement la santé, mais votre existence dans son ensemble : travail, enfants, couple et sexualité, amis et sorties … le quotidien est rythmé par les visites à l’hôpital, la gestion des effets secondaires … et dès que l’on a un peu de répit, on essaie de vivre le plus normalement possible.

Il y a-t-il quelque chose que cette maladie, si grave soit elle, vous a apporté ? Une nouvelle passion ? De nouvelles rencontres ? Une nouvelle façon de voir la vie ?

Certaines personnes disent qu’elles sont plus heureuses qu’avant. Je ne peux pas dire ça ! Le cancer m’a enlevé beaucoup (mon sein, des amis, mon emploi …). Mais, pour être honnête, il m’a apporté aussi.

Tout d’abord, et c’est un lieu commun, la relativité. Je fais la part des choses, ou du moins j’essaie, parce que, heureusement, la vie et ses aléas vous rattrapent avec le temps. Mais, je sais aujourd’hui que le malheur peut frapper à tout instant, alors je savoure les petits bonheurs qui me sont offerts.

Ensuite, si beaucoup de gens m’ont tourné le dos, j’ai fait quelques rencontres merveilleuses qui me sont précieuses et même indispensables. Des gens que je n’aurais jamais croisés dans ma vie d’avant.

Enfin ma présence sur internet, m’a beaucoup appris et tout ça me passionne.

La chimiothérapie est un traitement qui marque tant au sens propre, avec entre autres la perte de cheveux, qu’au figuré sur le plan sentimental. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette expérience et quel est votre sentiment sur cette thérapie douloureuse mais qui a permis votre rémission ?

La chimiothérapie est redoutable mais indispensable pour l’instant. La mise en place de soins de support dans la plupart des centres de lutte ou auprès des associations, permet de pallier quelques uns de ces effets adverses. Malheureusement pas suffisamment.

Mais attention ! Il ne faut pas confondre thérapies complémentaires et thérapies alternatives. Les premières nous aident à surmonter les dommages causés par la chimiothérapie, les seconds ont vocation à la remplacer ! C’est dangereux et totalement exclu si l’on veut s’en sortir !

La recherche permet d’avancer sur les thérapies ciblées qui provoquent moins d’effets secondaires et j’espère que les choses vont aller vite ! Mais pour ça ils ont besoin d’argent !

Dans votre blog, vous racontez votre histoire sur un ton touchant souvent, grave parfois, humain toujours. En parallèle, vous informez vos lecteurs des actualités sur le cancer du sein. Pourriez-vous en deux mots nous expliquer pourquoi c’est important selon vous de parler du dépistage du cancer du sein et des campagnes de prévention entre autres ?

L’information est essentielle, parce qu’un patient bien informé est un patient mieux soigné. Prenons votre exemple du dépistage du cancer du sein. Face à la polémique actuelle, les femmes sont déboussolées. Or pour prendre une décision éclairée, il faut une information juste qui prend en compte la balance bénéfice/risque. Je milite pour le dépistage qui avant tout réduit les inégalités et permet de détecter un cancer tôt qui se soignera mieux. Mais je comprends aussi celles qui refusent de s’y soumettre. Malheureusement, les détracteurs de ce programme ne proposent pas d’alternatives. Ils sont opposants pas proposants. Doit-on laisser les populations défavorisées qui, on le sait, sont celles qui participent le moins, sans aucune surveillance ?

Diriez-vous que votre vie a pris un nouveau tournant qu’elle n’aurait certainement pas pris sans vos cancers ? Si oui, en êtes-vous heureuse aujourd’hui ?

J’ai avant tout appris sur mon cancer. Et connaître l’ennemi permet de mieux le combattre. Mais mon blog a été aussi une passerelle extraordinaire pour prendre conscience de la nécessité d’informer les patients, et l’importance du dialogue avec les médecins. Et, pour aller plus loin, il est évident qu’il faut nous impliquer dans les décisions. La démocratie sanitaire ne peut se concevoir sans nous. Je me bats pour ça ! Je suis heureuse de pouvoir aider les autres et j’espère changer un peu les choses !

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui comme vous apprend du jour au lendemain sa maladie grave ?

Difficile de donner des conseils. Chaque personne est différente, chaque cancer est différent. Peut-être de se faire plaisir dès qu’on le peut, de s’écouter soi, pas les autres. Un exemple : on entend souvent que le moral, c’est 50% de la guérison. Dans un premier temps, aucune preuve scientifique ne vient étayer cette thèse et dans un second, je connais peu de personnes souffrant d’un cancer avoir le moral 24h sur 24 ! Cette phrase nous culpabilise sans fondement !

Et puis de ne pas hésiter à poser des questions à son équipe soignante, noter sur un carnet tout ce qui nous perturbe et en parler à la consultation suivante. Enfin, en cas de souci, d’hésitation, prendre un deuxième avis, car c’est votre vie qui est en jeu !

Ce fut un réel plaisir de découvrir comment vous avez réussi à vaincre ce combat contre la maladie. En vous remerciant et vous souhaitant une excellente continuation avec votre blog !