Interview du Docteur S. Kolmer, Chirurgien de l’obésité à l’IPCO

par DR SÉBASTIEN KOLMER

Dr Sébastien Kolmer
Bonjour Docteur Kolmer. Tout d’abord, j’aimerai vous confirmer au nom de nos lecteurs que c’est un réel plaisir que de vous accueillir sur Malea. Afin de cerner rapidement le mystère qui plane encore peut-être sur votre personne, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours professionnel et sur les motivations qui vous ont poussé à entreprendre l’« aventure IPCO » ?

Titulaire du Diplôme Interuniversitaire de Chirurgie de l’Obésité et ancien Chef de Clinique du CHU de Strasbourg, je possède une expérience de 15 ans en matière chirurgie du poids. Je suis coordinateur du Réseau de Prise en Charge du Surpoids PONDERA.

J’ai créé l’Institut de prise en charge de l’obésité (IPCO) car il n’existe aucun endroit, en France, qui met en pratique les recommandations en matière de surpoids. On sait ce qu’il faut faire mais, faute de moyens, les structures, pilotées par des médecins, de prise en charge du surpoids et de l’obésité, n’existent pas… C’est pourtant le vœu de l’Etat et des organismes de tutelle (l’hôpital, lui, manque de moyens).

Du coup quelles sont les personnes qui peuvent-être intéressées par le centre ?

Toute personne qui vit avec un poids qui ne la satisfait pas, ou toute personne qui veut comprendre comment garder son poids tout au long de sa vie peut se rendre à l’Ipco. De fait, notre équipe multidisciplinaire permet de prendre en charge les patients de manière personnalisée et pertinente.

Vous êtes basés à Mulhouse. Cela signifie-t-il que votre clientèle est strictement alsacienne ?

Actuellement, nos patients sont effectivement de la région : la proximité est essentielle car le suivi est capital. Par ailleurs, l’Ipco, dans sa configuration actuelle, n’a qu’un an d’existence ! Toutefois, nous réfléchissons à d’autres ouvertures en France.

Si vous deviez exprimer rapidement la plus-value de la prise en charge qu’amène l’IPCO, ça donnerait quoi ?

De par son « background » scientifique, l’équipe multidisciplinaire de l’Ipco propose une prise en charge réaliste du surpoids et de l’obésité. A partir des études scientifiques, nous sommes en mesure d’extrapoler sur un individu en particulier l’évolution de son poids, ainsi que les facteurs qui vont pouvoir jouer sur son évolution. Ainsi, les programmes que nous établissons pour chacun de nos patients sont véritablement personnalisés.

En bref, l’IPCO c’est donc à la fois une approche médicale et chirurgicale d’un problème qui concerne une majeure partie de la population. Existe-t-il des chiffres sur la réussite des opérations qui permettent de lutter contre l’obésité (Anneau gastrique, Sleeve, By-Pass) ? Cela dépend des patients je suppose. Pouvez-vous nous donner un ordre d’idée ?

En ce qui concerne la chirurgie, il faut d’abord signaler que c’est la seule méthode qui donne des résultats à plus de 5 ans pour traiter l’obésité morbide.

Ensuite, il faut savoir que chaque type de technique a des objectifs différents : on sait que, à 5 ans, un anneau permet de perdre en moyenne la moitié de l’excès de poids, la sleeve 70% et le by-pass 80%.

Enfin, il existe effectivement des situations d’échec (perte de moins de la moitié de l’excès de poids), dues à 3 facteurs : l’absence de suivi, de modification du comportement alimentaire ou de reprise d’une activité physique régulière.

Quels sont les différents types, degrés, et problèmes d’obésité et surpoids ?

Nous avons recours à l’IMC (Indice de Masse Corporelle) pour situer les patients. C’est un ratio entre le poids et la taille qui permet de déterminer sur un sujet :

En quoi consistent les opérations de chirurgie bariatrique ?

Les techniques de la chirurgie bariatrique permettent soit d’aider les malades à moins manger (anneau gastrique, sleeve), soit à moins assimiler les aliments ingérés (by-pass).

Ces interventions, ces techniques, sont-elles uniquement à réserver aux personnes atteintes d’obésité morbide ?

Oui. Subir une intervention chirurgicale n’est jamais un acte anodin, qui plus est lorsqu’elle concerne le système digestif.

Quels sont les risques, contraintes et difficultés post opératoires auxquels vous préparez les patients ?

Nous connaissons les risques de chaque type d’opération. Il y a une discussion entre spécialistes sur les risques propres à chaque patient. Ceux-ci en sont bien sûr informés, et leur motivation (capitale : il leur faudra notamment revoir leur hygiène de vie) est évaluée. C’est également la raison pour laquelle un suivi post-opératoire est très intense, particulièrement dans les premières semaines.

Vous tenez également un blog je crois sur votre site, il est fait pour qui en fait ?

La partie actualité de notre site permet à tout un chacun de suivre l’actualité de l’obésité (son évolution, les études qui l’analysent) et de recevoir des conseils pour perdre du poids, que ce soit en matière de diététique ou d’hygiène de vie. Plus particulièrement, nos patients sont invités à s’y rendre : ils peuvent y trouver une partie du suivi que nous proposons, mais aussi lire les témoignages d’opérés, ce qui est très important pour celles et ceux qui envisagent une opération.

Pour conclure, que pensez-vous des politiques de prévention en ce qui concerne l’obésité en France ? Doit-on avoir peur de la croissance des chiffres de l’obésité ?

Les chiffres de l’obésité en France sont inquiétants . Le problème de la politique de santé est qu’elle manque de moyens : on ne peut pas rester dans le discours ! C’est pour cela que l’Ipco remplit un manque, en prenant en charge le volet éducatif, le volet évaluation du patient, et sa prise en charge !

Et bien Dr. Kolmer, en ce qui me concerne, cet entretien fut fort instructif et j’espère qu’il en sera de même pour nos lecteurs. Merci encore et au plaisir de vous lire de nouveau sur votre site !