Entretien avec Céline du blog Chercheurs de Bonheur

par CÉLINE SCHMINK

Céline Schmink

Bonjour Céline, et merci d’avoir accepté de répondre à quelques-unes de nos questions aujourd’hui. Vous êtes pédagogue en danses et animez un blog sur la vie professionnelle et personnelle. Vous traitez de diverses thématiques pouvant aller du manque d’argent à l’état d’esprit qui vous anime en vacances, toujours avec un élément en ligne de mire : notre bien-être dépend de la bonne volonté que nous y mettons.

Avant d’aller plus loin, pouvez-vous nous rappeler en deux mots quel est votre parcours ?

En deux mots ça sera difficile ! J’évolue dans le milieu artistique depuis mes 16 ans grâce à l’écriture, la danse, la composition. Que ce soit pour monter sur une scène et animer un cours de salsa devant 160 personnes, interviewer une personnalité, écrire un livre, enseigner, collaborer avec des mélodistes de renom auprès desquels je faisais figure de collégienne (rires) ou animer un flash radio en direct, je suis toujours allée de l’avant, sans crainte. Je n’ai toujours fait que ce que j’ai voulu mais avec cœur! J’ai ainsi étudié la danse classique, la communication, la photographie, la théologie puis le journalisme, en France et depuis la Grèce. Je mène de front une double carrière d’auteur et de pédagogue en danses (urbaines, salsa, butoh) et en gym douce. Je suis professeur de Technique Nadeau diplômée de l’école Colette Maher. C’est la technique qui m’a appris à aller plus loin dans la maîtrise de mon corps et de ma volonté. Sinon, j’ai travaillé comme reporter pour des magazines comme Christianisme, Amina, La Vie, France Soir etc. de 2005 à 2010. Je rédige toujours dans le domaine de la danse et de l’environnement. J’ai la chance de pouvoir choisir mes clients et je me concentre aussi sur mes propres livres et mon blog sur le bonheur.

Cela fait longtemps que vous pratiquez la danse ? Pensez-vous que cela améliore la qualité de votre vie ?

J’ai débuté la danse classique à l’âge de 5 ans avec un seul but : être la Carmen du spectacle local à la fin de l’année… En fait je me fichais de danser : je lorgnais sur la perruque brune et la robe flamenco (rires) ! J’ai évolué ensuite vers le modern jazz puis je me suis intéressée à des danses plus culturelles comme le Tsifteteli (je suis à ce jour la seule au monde à avoir publié un manuel sur cette danse) et le butoh, véritable coup de foudre. Puis j’ai lu les biographies de tous les danseurs de la création : Nijinski, Graham, Duncan … J’en ai tiré ma propre méthode. Il va sans dire que ma qualité de vie en est améliorée.

Déjà j’ai pu, grâce à la danse, perdre les kilos « d’après-bébé », mais surtout la danse est pour moi comme un souffle de vie, régénérateur et créateur. Je vis danse, je bois danse, je mange danse… Les métiers artistiques sont comme cela : ils sont intimement liés à la passion. Je danse autant que j’écris : environ 10 heures par semaine. Je rédige actuellement ma propre méthode de danse. A presque 40 ans j’ai un corps athlétique, mon poids demeure invariable depuis 7 ans, j’ai un bon psychisme et surtout les gens me trouvent très épanouie. La danse est un anti-âge puissant ! Un homme comme Kazuo Ohno dansa presque jusqu’à la fin (103 ans !)…

La danse naturelle apporte beaucoup au travail d’introspection qui s’effectue à la quarantaine. Pour exemple, avec le butoh, lorsque le participant tient une intention et fait appel à sa mémoire sensorielle (à son passé et à ses sens) il devient acteur de cette introspection plutôt que de la subir, ce qui change tout ! La chorégraphie par elle-même permet de travailler sa mémoire et d’accentuer son sens de la coordination.

Vous êtes donc aujourd’hui pédagogue en danses. En quoi les diverses danses et techniques que vous enseignez sont-elles différentes dans ce qu’elles apportent aux artistes et danseurs ?

Il existe des centaines de techniques intéressantes. J’en ai testé beaucoup mais je me tiens à l’enseignement de celles pour lesquelles j’ai développé de vraies affinités et un profond respect. La Technique Nadeau est incontournable pour retrouver la forme en douceur et conserver sa jeunesse. J’aime son concept : en seulement 20 minutes par jour et 3 mouvements on préserve et on augmente son Capital santé. On élimine les pensées parasites, on apprend à se concentrer. La salsa, c’est la liberté : des pas de bases, des passes incroyables, une grande souplesse dans la créativité… C’est un concentré de sensualité. Le butoh, c’est tout l’inverse : on oublie le corps et l’ego, on fait appel à ses sens, on danse de l’intérieur.

Il transcende l’idée même du corps. C’est organique et c’est un fort moyen de revendiquer ce que l’on est vraiment. J’effectue du coaching d’artistes par le biais du butoh : cela leur apporte un certain recul sur leur travail. Le passage par le butoh est une étape qui leur permet de briser le moule de temps à autre.

Dans mon métier de journaliste j’ai côtoyé des danseurs, comédiens, acteurs, présentateurs et chanteurs. L’interview a toujours été un temps privilégié me permettant de comprendre les attentes d’un artiste : être plus productif, élever sa notoriété, gagner confiance en lui et surtout faire malgré le manque de reconnaissance total de son art et de son métier, ce qui constitue un poids et une souffrance que seule une sensibilité exercée peut comprendre…

Sauriez-vous nous dire quelles sont les motivations des gens qui viennent assister aux cours de danse ?

C’est la crise ! La vie est perçue comme une bataille pour se faire une place professionnellement, s’affirmer, devenir propriétaire, payer son loyer… On a le sentiment de faire sans cesse des concessions ! On est donc en forte demande de bien-être et d’authenticité ! On veut s’enrichir mais autrement, créer de la valeur et l’apprentissage est un très bon moyen de créer de la valeur et de donner de la valeur à sa vie. Les personnes qui s’inscrivent à mes cours ressentent un besoin d’exploration (cela s’applique particulièrement au butoh), d’exotisme (cela s’applique particulièrement à la salsa) ou de détente profonde (cela s’applique particulièrement à la Technique Nadeau).

Certains souhaitent simplement rencontrer des gens et sortir de chez eux. D’autres encore ont besoin, avec l’âge, d’améliorer leur coordination. Et enfin, certains viennent à mes cours pour l’ambiance artistique un peu « bohème » qui y règne. Pour moi, le mouvement et le positivisme sont des affaires d’état ! Rien n’est laissé au hasard. Dans mes cours vous trouvez de la technique, de la détente, du positivisme, de l’art, une touche d’exotisme et un suivi personnalisé. C’est ma signature.

Cela leur apporte donc un certain bien-être. On parle souvent de bien-être physique après un effort. Mais la danse en particulier c’est aussi un bien-être mental non ?

La danse booste l’estime de soi. Le solo est vraiment un challenge ! Imaginez, vous n’avez jamais dansé et vous n’y prétendez même pas. Puis, sans danser au sens classique du terme, vous découvrez une méthode qui vous permet de vous mouvoir en restant vous-même, en entrant dans une vraie technique. Vous faites des progrès rapides : vous vous sentez mieux dans votre corps, vous adoptez un peu la ligne de conduite ferme de votre prof (mener un groupe, dire les choses clairement, les expliquer sans ambigüités etc.), vous forgez votre volonté, vous surmontez les pas ou les gestures difficiles… Vous montez votre premier solo en en pensant tous les aspects (chorégraphie, scénographie, intention…) et vous l’exécutez devant les autres, dans l’atmosphère familiale et bienveillante d’un cours associatif. Croyez-moi pour quelqu’un de timide ou qui n’ose pas s’imposer, lorsqu’il en est là il se sent armé pour la vie quotidienne, qu’il soit face à dix ou à cent personnes !

Au delà de l’aspect technique des danses que vous enseignez, avez-vous la sensation d’aider les gens à aller mieux ? D’après les retours que vous pouvez avoir d’eux, en quoi changez-vous leur quotidien ?

Voici ma réflexion : à l’heure actuelle il y a beaucoup de cours d’expression corporelle, de danses modernes ou latines et même de théâtre où le pédagogue se moque de l’élève. Il n’est là que pour encaisser son chèque, dit avoir fondé son cours sur l’empathie mais est ensuite incapable d’appliquer ce principe qui ne relève pas du dire mais du ressentir et du faire… J’ai, pour exemple, suivi un cours de comédie où au bout de 3 mois le professeur ne connaissait même pas mon prénom ni la raison pour laquelle je suivais ses cours … Lorsque je me suis lancée dans l’apprentissage, j’ai tiré profit des failles détectées ailleurs et j’y ai mis tout mon cœur. Je ne suis pas psychologue et ne risque pas de faire de psychologie sauvage pendant un cours de salsa ou de Technique Nadeau ! Mais par contre je sais exactement ce que recherchent mes élèves et je connais en détails leurs problèmes de santé, s’ils en ont, leurs aspirations. L’une de mes élèves a découvert le butoh il y a trois mois et captive déjà lorsqu’elle danse, une autre inscrite en Technique Nadeau avoue être infiniment détendue après le cours. Parfois les élèves viennent en groupe me dire : « C’était super ce cours de Technique Nadeau ! On se sent comme en vacances ! ». C’est gratifiant. Personnellement je crois qu’il faut donner pour recevoir et je n’imagine pas un cours ni un projet artistique sans don de soi !