Augmentation du prix du tabac : on se moque de nous ?

par STEPHANE MILLET

Que représentent à vos yeux 1,50€ ? Un paquet de bonbon, le prix du pain au kilo, de votre journal hebdomadaire. Quoi d’autre ? 1,50€, c’est également la somme (en moyenne) que vous l’on vous demandait de payer pour un paquet de cigarettes en 1991. Au 1er Octobre 2012, le tabac augmentera de nouveau de 7,6% pour, enfin, franchir la barre symbolique des 6€ le paquet. Les augmentations du prix du tabac interviennent tous les ans. De quoi s’agit-il réellement ? Incitation à arrêter de fumer ? Colmater le déficit public en augmentant les taxes ? Quels bénéfices pour l’État ?

Le tabac, des taxes historiques !

Et si nous replongions dans nos cours d’histoire ? La fabrication de tabac est depuis 1674 et la réforme de Colbert un monopole d’État. En 1892 le tabac fut placé sous l’autorité du ministère de finances, illustration de la formule de Necker au XVIII qui résumait l’idée de Richelieu de taxer les importations de tabac comme suit :

« On le {l’impôt} range avec raison parmi les plus belles inventions fiscales. »

De nos jours, le prix approximatif de 6€ pour un paquet (entre 5,70€ et 6,20€) de cigarettes rapporte énormément d’argent à l’État. Si les buralistes et les marchands de tabac récupèrent respectivement 8% et 12% du prix de vente, l’État touche 80% du prix que vous payez. L’Europe encourage d’ailleurs les États à taxer les cigarettes à un minimum de 70% afin d’en limiter la consommation.

Ainsi, l’État Français voit se profiler la barre des 14 milliards d’euros de recettes fiscales liées au tabac par an. Un chiffre impressionnant qui représente un peu moins de un pourcent dans le PIB de la France.

Les effets sur la consommation

La rhétorique liée à l’augmentation du coût du tabac met bien évidemment en jeu les questions de santé publique. Près d’un fumeur sur deux mourait du tabac en 2010, ce qui a bien entendu nécessité une réaction de la part de l’État. En marge des campagnes de sensibilisation de L’INPES, l’augmentation des prix est souvent utilisée pour tenter de dissuader les plus gros fumeurs. Mais quelles sont les conséquences réelles de ces augmentations ? Si l’on compare les ventes de tabac en France, certes les augmentations des prix de 2003 et 2004 auront eu pour effet une baisse significative de la consommation de tabac. En revanche cette dernière se maintient depuis 2005 malgré une augmentation constante du prix.

Dr Rouzaud, président de l’Association Tabac et Liberté nous explique que des études prouvent que seules les hausses de prix de plus de 10% du paquet entraînent des baisses significatives de la consommation de tabac.

Des résultats mitigés, contrebande et évasion fiscale

Les effets des politiques d’augmentation des prix se montrent assez limités en terme de consommation depuis 2005. L’explication possible serait que les hausses de prix ont réussi à dissuader les « petits fumeurs » et les fumeurs occasionnels. En revanche, les personnes fumant depuis des années, réellement accro à leur nicotine, continuent à fumer coûte que coûte (c'est le cas de le dire !).

Qui plus est, le marché noir (contrebande) se développe. En France il ne représenterait que 5% des ventes de cigarettes mais ce chiffre passe allègrement la barre de 10% dans d’autres pays.

D’autres part, les fumeurs proches des frontières s’adonnent allègrement à l’évasion fiscale. Des pays comme la Belgique ou l’Espagne représentent un Eldorado des temps modernes pour bon nombre de fumeurs.

Des cigarettes trop chères, c’est donc à terme moins d’argent dans les caisses de l’État mais toujours autant de dépenses de santé pour soigner les cancers de fumeurs... Si la consommation reste stable face à de nouvelles augmentations du prix des cigarettes, les gouvernements devraient avoir de plus en plus de mal à en appeler à la santé publique pour justifier l’augmentation des taxes.

Avec la collaboration de Dr Pierre Rouzaud

Dr Pierre Rouzaud Enseignant de toxicologie, praticien hospitalier, j'ai exercé les fonctions d'ingénieur au CEA (Direction des applications militaires) puis celles de pharmacien titulaire d'officine, puis celles de médecin généraliste, celles de médecin du travail (AIR FRANCE), journaliste (PANORAMA du MEDECIN) puis celles d'hospitalo-universitaire. Actuellement je dirige une association de plus de 3000 professionnels de santé spécialisée dans la promotion du sevrage tabagique et le traitement des addictions. Je suis expert auprès des tribunaux. Je suis trésorier de la SFEN(société française d'énergie nucléaire section midi-pyrénées). J'ai été consultant pour la WORLD BANK en matiere de nutrition santé. Actuellement, j'assure des formations aux professionnels de santé dans le cadre du DPC ( Agrément OGDPC), des interventions dans les lycées et collèges ( agrément éducation nationale ), et mon association a mis en place des thérapies de groupe au sein des entreprises pour aider les salariés fumeurs à arrêter de fumer ( Caisse d’Espagne Midi Pyrénées, LATECOERE, ATR, Ugitech, Aubert Duval, Airbus...). Notre site : http://www.tabac-liberte.com/